mardi 21 novembre 2017

Barbara, Si mi la ré...

Editions Gründ
Beau livre
Collection : Passion musique
272 pages
29,95 €
Auteurs : Stéphane Loisy & Baptiste Vignol

Décidément, à l’approche des fêtes de fin d’année, les éditions Gründ font flèche de tout bois. Après les magnifiques ouvrages consacrés à Sylvie Vartan et à Claude François, voici que, vingt après sa disparition le 24 novembre 1997, ils nous proposent « Barbara, Si mi la ré… ».
A l’instar des deux précédents « beaux livres », celui-ci est une véritable pépite, que dis-je, une rivière de diamants tant il est à la fois riche, scintillant, avec des reflets moirés. Le mieux, pour le résumer, c’est de reprendre un extrait de l’avant-propos d’une personne on ne peut plus autorisée et concernée, le propre neveu de la chanteuse, Bernard Serf :
« C’est clair, intelligent, bien documenté, parfois irrévérencieux, jamais flagorneur, toujours avisé.
Et la découverte de photos inédites ou rares ajoute au bonheur de la lecture.
L’ouvrage refermé, on a le sentiment d’être un peu plus proche de Barbara. Sans que celle-ci perde un instant de son mystère.
Bref, tout ce qu’on aime. »
Tout est dit.


Ce livre, je l’ai dévoré. J’y ai appris une foultitude de choses. Les éléments biographiques sont fouillés, truffés d’anecdotes, de détails, fourmillant d’informations et agrémentés de nombreux témoignages… Les premiers chapitres, de sa naissance en 1930 à ses débuts à L’Ecluse en 1957, sont particulièrement passionnants. La petite Monique Serf – son vrai nom – a connu une jeunesse tumultueuse, marquée par l’exode, la clandestinité et, surtout, les agressions paternelles (pudiquement esquissées) puis ses nombreux allers et retours entre Paris et Bruxelles à la recherche du succès.

La suite, c’est quarante d’une carrière impressionnante intimement mêlée à une vie de femme au caractère aussi affirmé que sa grande générosité et ponctuée par de nombreuses amours.
Cette véritable mine comprend entre autres comme filons beaucoup d’extraits d’entretiens échangés au cours d’émissions de radio ou de télévision comme ceux, abondants, des « Musicorama » de Denise Glaser.


Et puis chacune des chansons sans exception est disséquée, décryptée, éclairée pas sa genèse, son contexte avec, là aussi, de nombreuses confidences des différents protagonistes qui les ont vu naître ou qui y ont participé.

Enfin, bien sûr – c’est dans l’ADN des éditions Gründ – l’iconographie est tout simplement somptueuse. Des dizaines et des dizaines de photos illustrent superbement l’épopée « barbaresque ». "Si la photo est bonne", chantait-elle. Eh bien oui, elle l'est !

Je n'avais néanmoins qu'un petit reproche à formuler à propos de cet ouvrage : sa couverture. Je trouvais que ce rose n'était pas très idoine. Je n'en ai compris la raison qu'en me plongeant dans le livre. On nous y rappelle à plusieurs reprises combien cette couleur, cette fleur et ce mot (qui revient dans ses chansons) ont compté pour la "longue dame brune".


Barbara ?... Une de nos plus belles histoires d’amour, c’est Elle !

dimanche 19 novembre 2017

L'amour est dans le prix

Gymnase Marie-Bell
38, boulevard de Bonne Nouvelle
75010 Paris
Tel : 01 42 46 79 79
Métro : Bonne Nouvelle

Une comédie de Thierry Boudry
Mise en scène par Clair Jaz
Collaboration artistique : Pascal Légitimus
Lumières et scénographie de Steve Moune
Costumes de Matteo Porcus

Avec Emmanuelle Clove (Suzanne), Christophe Guybet (Alex), Vanessa Féry (Fanny), Pierre Diot ou Alexandre Pesle en alternance (Le patron), Izabelle Laporte (Carole), Jérémie Poppe ou Charlie Costillas en alternance (L’associé)

L’histoire : Comédie sentimentale inspirée d’une histoire vraie.
Trois hommes et trois femmes d’aujourd’hui. Une mère extravertie, une fille en mal d’amour, un gendre pas idéal, un mari qui s’interroge, un amant qui délire, une maîtresse bipolaire.
L’histoire commence à la croisée des chemins, au point crucial de leurs vies et de leurs envies. Une quête : le bonheur…

Mon avis : Avec le recul, je me demande si cette pièce n’aurait pas pu également s’intituler : « La mort est dans le prix »… En effet, d’une part l’histoire commence dans une agence de pompes funèbres et, d’autre part, il y est question à un moment donné d’un décès « par accident » qui a son importance. Mais, il faut être objectif, l’amour est tout de même plus vendeur que la mort pour une comédie, aussi grinçante fut-t-elle.
Parallèle avec le clin d’œil adressé à la célèbre émission de M6, « L’amour est dans le pré », il est ici beaucoup plus question d’amour vache que d’amour romantique. Tout tourne autour des relations hommes-femmes, relations qui tiennent plus de l’affrontement que de l’harmonie.


Fidèle à mon engagement, je veux exprimer le plus honnêtement possible mon ressenti en découvrant cette pièce. J’ai trouvé le début plutôt poussif et un tantinet bavard. J’étais même navré devant les blagues à deux balles, faciles et éculées, de l’employé des pompes funèbres. J’étais d’ailleurs sur le point d’arrêter de prendre des notes lorsqu’est survenue la scène entre Suzanne, sa fille Carole et son gendre. D’un seul coup, l’humour a monté d’un cran. J’ai été tout de suite émoustillé par la personnalité de cette belle-mère indigne, son franc-parler, son cynisme. La prestation très convaincante d’Emmanuelle Clove m’a fait reprendre mon stylo.


A partir ce cette scène-règlement de comptes, la pièce n’a plus cessé de monter en puissance. Les caractères et les motivations différents protagonistes ont commencé à s’affirmer. On découvre une Fanny exigeante, manipulatrice, brutale parfois… Alex se vautre dans la mauvaise foi avec un naturel confondant et on devine que les textos qu’il ne cesse d’échanger ne sont pas aussi professionnels qu’il le prétend… Carole piétine soudain sa soumission chronique pour se métamorphoser en séductrice affamée…
Il n’y a que le patron qui, pour moi, reste une énigme avec son comportement bizarre et sa façon de vouloir être à la fois juge et arbitre dans les relations sentimentales de ses associé et employé. Je ne comprendrai les raisons de cette attitude qu’à la toute fin de la pièce (respect à Alexandre Pesle pour sa talentueuse duplicité).


Se succèdent alors deux tableaux qui, à eux seuls, constituent deux vrais grands moments de drôlerie, tant dans le jeu des comédiens que dans l’inventivité de la mise en scène : celui du restaurant, propice à nous offrir un rebondissement assez inattendu ; et celui de la parodie du combat de boxe. Cette scène est tellement riche en trouvailles qu’elle frise l’anthologie. C’est un véritable sketch, très visuel, très rythmé et parfaitement maîtrisé par des combattants qui se rendent coups pour couples et pour qui la fin justifie les (poids) moyens.

Et puis survient l’ultime révélation ! J’ai alors compris que je m’étais bien fait avoir, que j’avais été mené par le bout du nez par un scénario particulièrement retors. D’un seul coup, je me suis mis à rembobiner tout le spectacle et tout m’a paru plus clair. Malin, l’auteur ! Vicieux, même... Vue cette fois dans sa globalité, sa pièce prend une toute autre tournure. Et lorsque le rideau est tombé (c’est une image car il n’y a pas de rideau), on se surprend à réfléchir assez longtemps au message contenu dans cette comédie humaine. C’est assez rare pour être souligné.


Lorsqu’on aura dit que les quatre chaises devraient être citées au générique pour leur implication dans les scènes les plus importantes, que la mise en scène est nerveuse, originale et inventive, que, comme d’habitude les femmes sont vraiment plus fûtées et que les hommes sont agaçants de naïveté, on peut se permettre de conclure que, dans cette pièce, l’humour (noir) est aussi dans le prix…

Gilbert « Critikator » Jouin

mercredi 15 novembre 2017

Stan "Quelque chose en nous de De Vinci"

La Nouvelle Seine
Péniche sur berge
Face au 3, Quai Montebello
75005 Paris
Tel : 01 43 54 08 08
Métro : Saint-Michel

Ecrit et interprété par Stan
Co-écrit et mis en scène par Elsa Granat

Présentation : Il est atypique, bizarre, danseur, diseur et incarne tout ce qui lui passe à l’esprit.
Dans sa folie douce, il comprend ce que ressentent la Joconde et les femmes enceintes. L’empathie chez lui n’est pas un vain mot, c’est une façon de vivre.
Ce qui bouillonnait en lui a trouvé sa place sur une scène de théâtre. Un des rares endroits où ce qui nous plombe peut devenir de l’or…

Mon avis : Lorsqu’on monte à bord d’une péniche, c’est avec l’envie de se laisser embarquer. Surtout quand il s’y joue un spectacle. Et que c’est Stan qui est sur Seine. Avec lui, si notre corps reste amarré à la rive et se laisse mollement balancer par le passage d’un bateau-mouche, notre esprit, en revanche, a tôt fait de prendre le large et de voguer sur son flow.

Il n’est pas aisé de définir ce one man show en quelques mots. Trop riche, trop varié, trop surprenant. Stan, c’est Monsieur Plus. Il danse comme son dieu, Michael Jackson, il fait des imitations, il prend des accents et des voix bizarres, il incarne toute une galerie de personnages aussi barrés qu’attachants et, surtout, il PARLE. C’est un « Stankhanoviste » du verbe.


Il nous offre un véritable patchwork très intelligemment élaboré. Il consacre grosso modo le premier tiers à nous raconter sa vie, son parcours, ses rencontres : études de théâtre classique, son passage – il faut bien gagner sa vie – aux Galeries Lafayette, les collègues hauts en couleurs qu’il y a fréquentés, jusqu’à son choix définitif, devenir humoriste. Sa profession de foi est désarmante d’honnêteté : « J’ai une vie de merde, je la raconte, et les gens rigolent ! ». Dit comme ça, c’est un peu minimaliste mais, en réalité, il va apporter dans cette discipline du Seul en scène tout ce qui l’a construit humainement et artistiquement. Sa formation de comédien, son goût très prononcé pour l’art, ses modèles, son sens aigu de l’observation du monde qui l’entoure, et son empathie.
L’empathie ! Le maître-mot est prononcé… Comme elle est viscérale chez lui, elle l’encombre souvent et le gêne aux entournures. Si bien que, paradoxalement, de cette foutue empathie, il en pâtit. Pourtant, cet aveu ne reste qu’un constat car, comme il a décidé de tout tourner en dérision, il préfère en rire et en faire rire.


Stan est un drôle de bonhomme. Très drôle même. Avec son léger accent chantant, sans cesse en mouvement, il partage avec nous à la fois ses expériences simples et banales, ses rêveries les plus loufoques, et son amour pour les œuvres d’art, qu’elles soient picturales, sculpturales ou littéraires. Sans aucun complexe, il convoque ainsi Tchekhov, Shakespeare, Molière, Cyrano de Bergerac, Rimbaud… C’est à peu près la thématique du deuxième tiers de son spectacle. Là, son empathie se fait mimétique car il se glisse dans la peau et le cerveau de deux icônes du Louvre, La Joconde et la Vénus de Milo… Lorsqu’il nous livre les pensées intimes et les frustrations de Madame Joconde, on ne sait plus si c’est de l’art ou du (un petit peu) cochon. En nous faisant prendre De Vinci pour des lanternes, il nous éclaire sur les tristes conditions de vie des œuvres d’art… Quant à la Vénus, la belle Hellène, elle ne peut pas rester de marbre devant son infirmité qui la rend impuissante à s’opposer aux désirs qu’elle suscite : pas de bras, pas de chocs au lit !…
Il va même encore plus loin dans ses élucubrations en donnant la vie à sa chaussure droite. Mais je vous laisse en découvrir tout le sel. On ne s’en lasse pas.


Enfin, il entame la troisième partie de son spectacle avec une plainte teintée de révolte : « J’ai mal à l’orthographe » ! S’indigne sur la dérive du langage, il fait défiler devant nous son carnaval des amis-mots. Comme les mots filent, il leur administre une prise de sens. Et cet obsédé textuel va encore plus loin en les personnifiant. Ah, les trois petits points ! Si primesautiers, si espiègles… Et nous de sommes pas encore au bout de nos (bonnes) surprises. Comme tout Méditerranéen qui se respecte il nous offre un pastiche. Et pas n’importe lequel. Avec lui, la fameuse tirade du nez de Cyrano se métamorphose en tirade du bedonné. Un exercice de style absolument étourdissant. Puis, en toute logique (du moins sa logique à lui), il lui associe le rap du nouveau né. C’est aussi intelligent que drôle. Voici là un spectacle qui rime vraiment à quelque chose.

Stan a tout pour lui. Il est sympathique, généreux, charismatique, exubérant, hyper doué. C’est aussi un remarquable auteur. Son texte est délivré et interprété avec tant de simplicité et de facilité qu’on en oublierait presque l’immense travail d’écriture que cela représente en amont. Ce n’est pas le dormeur en aval qui me contredira car les spectateurs débarquent de ce bateau ivres de plaisir…

Gilbert « Critikator » Jouin

mardi 14 novembre 2017

Eddy Mitchell "La même tribu"

Polydor / Universal Music France

Je n’ai jamais caché ma grande admiration pour Eddy Mitchell. Les trois premiers 45 tours que j’ai achetés au tout début des années 60 ont été, dans l’ordre « Nouvelle vague » de Richard Anthony, « T’aimer follement » de Johnny Hallyday et « Tu parles trop » des Chaussettes Noires. Lesquelles Chaussettes Noires ont été le seul groupe que j’ai vu sur scène ; c’était à la Mutualité, en 1962 je crois… J’ai vite tourné la page Richard Anthony ; Johnny Hallyday m’aura tenu compagnie plus de cinquante ans avec des hauts et des bas ; mais Eddy Mitchell a toujours été mon préféré.

J’aime l’auteur, j’aime sa voix, j’aime sa posture sur scène avec ses attitudes un tantinet surjouées, j’aime son humour froid et, pour l’avoir interviewé à plusieurs reprises, j’ai su apprécier sa finesse d’analyse et son regard sans concession sur le métier et les gens qui le font. En résumé, j’aime son recul et la distance qu’il met en toutes choses.

Eddy Mitchell sort aujourd’hui son 37ème album studio. Et le moins qu’on puisse en dire, c’est qu’il s’est fait plaisir. C’est désormais son seul moteur. A 75 ans, débarrassé de tout critère commercial, il veut profiter, seulement profiter. Quitte à enregistrer un album de reprises, autant le faire à son idée.

Alors il s’est carrément concocté un « auto-tribute ». Le chef indien qui sommeille en lui a donc fait appel à ceux de sa tribu. Il a réuni dans son wigwam-studio quelques vieux guerriers (« Hugh, salut les copains ! ») qui ont longtemps combattu à ses côtés sur les sentiers de naguère sans y laisser trop de plumes : Johnny Hallyday, Jacques Dutronc, Christophe, Alain Souchon, Arno, Julien Clerc, Renaud… Il a également convoqué quelques frères de chant un peu plus jeunes mais qu’il savait habités par les mêmes esprits : Ibrahim Maalouf, Charles Bradley, Sanseverino. Et, enfin, il a fait appel à quelques squaws pourvues de plus d’une corde (vocale) à leur arc : Keren Ann, Brigitte et Maryline Moine, sa propre fille.

Une partie de la « tribu » mitchellienne était donc réunie, restait donc à enregistrer quelques chants sacrés. Le résultat est imparable. Il a a « tribu »é à chacun et à chacune la chanson qui collait le mieux à son ADN artistique.
Un bon vieux rock avec Johnny (C’est un rocker). Soixante ans d’amitié, ce n’est plus un collègue, c’est un frère. On les entend jubiler d’être ensemble. Ils jouent, ils s’amusent. C’est vraiment pêchu.


Avec Alain Souchon, on perçoit l’humour qu’ils mettent dans leur interprétation de On veut des légendes…Pour Renaud, Eddy a choisi Sur la route de Memphis, une ballade qui lui va comme un vieux perfecto, dans laquelle il est étonnant de constater comment leurs deux voix s’imbriquent… Julien Clerc s’est approprié se aisément J’ai oublié de l’oublier qu’on la croirait extraite de son propre répertoire. Cela nous donne une complainte très mélodieuse, subtilement mélancolique, avec un arrangement qui frise le symphonique.

Lorsqu’on entend Lèche-bottes blues avec Arno, on a l’impression de deux gros matous qui ronronnent et lâchent de temps un coup de griffe en ricanant. Il y a une vraie dynamique dans ce titre… Keren Ann, la voix toute en retenue, se fond admirablement avec les cuivres somptueux de Toujours un coin qui me rappelle… Eddy a offert du sur mesure à son ami Jacques Dutronc avec Au bar du Lutétia. Ambiance feutrée, lumières tamisées, volutes de fumée (le cigare de Jacques ?). Nos deux piliers de bar ne sont peut-être pas éméchés, mais en tout cas ils sont de mèche. Et c’est un véritable régal que de retrouver la diction si particulière du « Jacquot »… La trompette d’Ibrahim Maalouf, ses envolées, et des cordes somptueuses habillent de tendresse et de douceur le très nostalgique M’man

Charles Bradley incarne à merveille Otis dans cet hommage à Redding en nous exécutant un authentique rhythm’n’blues made in America, tonique à souhait, dans un jeu de questions-réponses avec Monsieur Eddy… J’ai littéralement craqué pour La fille du motel. Décidément, Brigitte est sans doute ce qui est arrivé de mieux dans la chanson française de ces dernières années. Quel unisson, quelles harmonies ! Bordé par ces voix délicieusement jumelles, notre crooner se laisse cocooner. Un nectar pour les trompes d’Eustache…


Eddy ne pouvait imaginer meilleur complice que Sanseverino pour apporter son swing naturel et son timbre de voix si particulier sur Nashville ou Belleville. C’est truffé de clins d’œil et de petits bruitages personnels. Y’a d’la joie dans ce titre si festif… Christophe s’est glissé comme chez lui dans Un portrait de Norman Rockwell. Il y apporte ses touches de délicatesse. Ce titre est un enchantement… La bonne surprise, la révélation pour beaucoup, c’est la prestation de Maryline Moine dans Et la voix d’Elvis. Elle nous la fait façon country, très à l’aise, elle est complètement dedans. Décidément, bon chant ne saurait mentir.

Enfin, il y a la chanson d’introduction, le sublime La même tribu. Sur une mélodie « classique » de Pierre Papadiamandis, Claude Moine, la plume préférée d’Eddy Mitchell, a ciselé une petite merveille de texte. Un véritable tour de force car il a astucieusement réussi à y introduire pour chacun des intervenants soit le titre, soit une phrase d’un de leurs plus grands succès. C’est le Grand Manitou qui lui a soufflé tout ça. Ce titre va devenir un hymne. Il le mérite.

J’ajouterai à cela des arrangements absolument superbes, très différents des créations originales tout en en gardant l’esprit. Tout est magnifique ; les parties de piano, les solos de guitare, la pedal steel guitar, l’harmonica, les cuivres, les cordes… C’est une splendeur.

Autre compliment : la volonté de mettre les voix très avant ; On profite ainsi à la perfection des différentes tonalités, des intonations et de la qualité des paroles.


Enfin, comment ne pas parler du contenant lui-même. La pochette et le livret qui se trouve à l’intérieur constituent une véritable œuvre d’art, un objet de collection. Le dessinateur Ralph Meyer mérite d’être cité pour son talent à croquer les artistes et pour reconstituer l’atmosphère d’un saloon. Cette fresque est en totale adéquation avec l’esprit de l’homme de La dernière séance.

lundi 13 novembre 2017

Claude François "Je reviendrai comme d'habitude"


Editions Gründ
Beau livre
312 pages
24,95 €

Auteur : Baptiste Vignol

Si vous ne deviez posséder qu’un seul ouvrage sur la vie et la carrière de Claude François, Je reviendrai comme d’habitude est celui qu’il vous faut vraiment. J’en ai lu des livres-témoignages et des biographies sur Cloclo mais, sincèrement, celui-ci est incontestablement le plus complet à tous égards.
Baptiste Vignol a réalisé là LE livre sur Claude François. Il l’a construit très intelligemment. Il commence par une longue introduction de dix pages qui débute en… 1872, date de l’arrivée à Port-Saïd, en Egypte, de Nicolas François, et se termine en 1961 avec l’arrivée à Paris de Claude François. C’est donc presque un siècle de la saga de la famille qui nous est conté. On apprend tout de l’enfance et de l’adolescence du futur Cloclo. C’est très fouillé, très détaillé. Véritablement passionnant.


Pour ceux, très rares qui l’ignoreraient encore, on découvre que Claude François a fait dix ans de violon, que c’était un grand sportif, particulièrement doué en course de fond. Ces années-là ont été très formatrices : Claude va se passionner pour la musique et son entraînement physique va lui permettre d’être un danseur infatigable. On apprend aussi beaucoup de son caractère déjà très affirmé, de sa détermination, de son exigence et de sa soif de réussite. On s’aperçoit aussi qu’il a été très tôt attiré par la gent féminine. Vous mélangez ces ingrédients (musique, danse, volonté, perfectionnisme et libido exacerbée), vous secouez le tout, et vous obtenez ce qui a façonné une des plus grandes stars de la chanson française : Claude François.


Après ce préambule indispensable, Baptiste Vignol, nous propose 26 chapitres qui sont chacun consacrés et à la vie privée, particulièrement trépidante, de Claude François et à sa carrière. 26 chapitres, 25 albums studio… Dans ces deux domaines, personnel et professionnel, c’est vraiment hyper documenté, très pointu même, quasi exhaustif. Ce qui est bien, c’est que l’auteur a conçu un ouvrage sans concession et sans complaisance aucune. Ce n’est donc pas une hagiographie, mais un véritable documentaire… En prime, l’auteur a recueilli des témoignages rares, forts en anecdotes et en confidences, d’une dizaine de personnes qui ont compté dans la vie de Cloclo : Jean-Pierre Sabar, Vline Buggy, Jean-Marie Périer, Jeff Barnel, Jean-Michel Rivat, Patricia Carli, Frank Thomas, Gilbert Sinoué et l’indispensable Jean-Pierre Bourtayre.


Enfin, précision importante, cet ouvrage est riche de 137 photos (je les ai comptées) dont quelques superbes doubles signées des plus grands de l’époque : Jean-Marie Périer bien sûr, mais aussi Bernard Leloup, Jean-Louis Rancurel, Benjamin Auger, Jean-Jacques Damour, François Gaillard… La crème des années 60-70. Ce qui en fait une sorte de Bible où l’esthétique et l’iconographie se le disputent en qualité avec un texte remarquablement informatif.



Je n’émettrai toutefois qu’une seule (petite) réserve : je trouve que le titre n’est pas à la hauteur de l’excellence de cet ouvrage. « Je reviendrai comme d’habitude », même s’il comporte un clin d’œil sur deux des plus grands succès de Claude François, ce n’est vraiment pas fameux.

vendredi 10 novembre 2017

M. Pokora "My Way Tour"

Sincèrement, si vous êtes friand de grands shows, le DVD Live M. Pokora « My Way Tour » va vraiment vous combler. Après avoir été RED dingues de lui en 2015, vous allez être encore plus bluffés par ce que M. Pokora nous propose 2017.

Capté lors de l’étape strasbourgeoise (ville natale de l’artiste) de la tournée, ce spectacle est un des plus aboutis qu’il m’a été donné de voir. Pour l’avoir côtoyé tout au long des répétitions de Robin des Bois, M. Pokora est un incroyable bosseur. Perfectionniste jusqu’au bout des orteils, il est d’une exigence rare. Il demande le maximum aux gens qui l’entourent mais, en échange, il paie encore plus qu’eux de sa personne.


Il veut l’excellence dans tous les domaines. Et cela se voit sur les images de méga show époustouflant. Particulièrement au niveau des lumières et des chorégraphies. Esthétiquement, chaque chanson donne lieu à un véritable tableau. Quant aux chorégraphies, elles sont dignes des plus grands performers américains. C’est tout simplement superbe !


Certains ont souri lorsque M. Pokora a annoncé qu’il allait enregistrer un album de reprises de Claude François. Aujourd’hui, ses détracteurs se sont faits très discrets. En effet, les chiffres parlent d’eux-mêmes : album vendu à plus de 500.000 exemplaires (Disque de Diamant) et plus de 350.000 spectateurs en salles ont vu « la nuit s’emballer » ! Cette année-là va compter dans sa carrière…
Pour toutes celles et ceux qui ont vu le My Way Tour et plus encore pour tous ceux – les plus nombreux - qui n’auront pas eu cette chance, ce DVD va leur permettre, pour les premiers de revivre un moment exceptionnel, et pour les autres, de découvrir un fantastique moment de spectacle.


Le My Way Tour existe en 2 éditions :

-          Edition collector (2 CDs + 1 DVD + un documentaire inédit sur les coulisses de la tournée + 2 titres inédits, Chanteur malheureux et Le mal aimé +Scène en Pop-Up 3D + 5 cartes postales + L’affiche officielle dédicacée)

Intra muros

La Pépinière Théâtre
7, rue Louis Le Grand
75002 Paris
Tel : 01 42 61 44 16
Métro : Opéra

Une pièce écrite et mise en scène par Alexis Michalik
Avec Jeanne Arènes (Jeanne), Bernard Blancan (Ange), Alice de Lenquesaing (Alice), Paul Jeanson (Richard), Fayçal Safi (Kevin)
Musicien : Raphaël Charpentier

Présentation : Richard, un metteur en scène sur le retour, vient dispenser un premier cours de théâtre en prison. Il espère une forte affluence, qui entraînerait d’autres cours - et d’autres cachets -, mais seuls deux détenus se présentent : Kevin, un jeune chien fou, et Ange, la cinquantaine mutique, qui n’est là que pour accompagner son ami. Richard, secondé par une de ses anciennes actrices – accessoirement son ex-femme - et par une assistante sociale inexpérimentée, choisit de donner quand même son cours…

Mon avis : Je me plais à penser que, quand il était petit, Alexis Michalik était féru de Meccano et de puzzles. Ce serait une explication rationnelle pour essayer de traduire ce qui se passe dans son cerveau lorsqu’il imagine la conception d’une pièce. En effet, il n’adore rien tant que d’ajouter un élément à un autre, élément qui, a priori, ne devrait pas s’emboîter avec le précédent mais qui, à l’arrivée, constitue un objet où tout se tient impeccablement. Il possède un esprit labyrinthique dans lequel il aime jouer à se perdre (et surtout à NOUS perdre) alors qu’il sait parfaitement comment gagner la sortie. Oui, visiblement, il aime jouer. Jouer dans toutes les acceptations du terme. C’est un pervers ludique, un sadique réjouissant, un vicelard jubilatoire.

Intra muros est la première pièce d’Alexis Michalik à laquelle j’assiste. En raison du mauvais vouloir d’un attaché de presse incompréhensiblement récalcitrant, je n’avais pas eu le bonheur de voir Le porteur d’histoire, Le cercle des illusionnistes et Edmond. Je suis tellement prétentieux que j’aime bien découvrir les artistes et les dramaturges à leurs tout débuts, pénétrer dans leur univers, l’analyser et, ensuite, les suivre tout au long de leurs aventures successives. Bien sûr, je blague. Je suis suffisamment fataliste pour admettre l’adversité…


C’est donc avec une réelle curiosité et une agréable excitation que je me suis rendu à La Pépinière Théâtre pour goûter enfin à du Michalik. J’ai vite compris ce qui faisait le succès du bonhomme. En fait, il aime bien nous embrouiller. D’abord en traitant plusieurs thèmes à la fois (le théâtre, l’enfermement, l’absence de communication, la filiation, la réinsertion…). Ensuite, en jonglant avec le temps, avec aujourd’hui et hier, en imbriquant la fiction avec la réalité. Et enfin, en nous faisant sans cesse passer du rire à l’émotion et réciproquement… Il est retors, le bougre, il faut le suivre. De toute façon, on n’a pas le choix, il nous emmène là où il veut avec, en permanence, le désir de nous surprendre et de nous captiver. Et dans « captiver », il y a aussi « captif ». Nous sommes pris en otages et, victimes du syndrome de Stockholm, heureux de l’être. C’est vrai, quand on commence à réaliser comment tous les chemins qu’il nous a fait emprunter se rejoignent, quand on découvre que les pièces apparemment disparates de son puzzle se juxtaposent admirablement, bref, quand on a réuni toutes les ramifications et que l’on comprend enfin qui est qui, on est à la fois bluffé et admiratif. Quelle belle et machiavélique histoire de destins croisés !


Certes, il y a quelques petites longueurs (c’est le défaut pardonnable inhérent à tout auteur trop prolifique), mais Intra muros est une pièce extra. Avec ses rebondissements et sa construction démoniaque, elle m’a fait penser aux meilleurs romans noirs et aux pièces policières de Frédéric Dard.
La mise en scène est maline et efficace. Avec sa succession de saynètes plus ou moins longues, le découpage est inventif et rythmé. Pour faire contre-poids avec quelques scènes réellement éprouvantes, Michalik a intercalé quelques plages de détente et glissé de francs moments de drôlerie. Ainsi, dans la salle, l’atmosphère, particulièrement tendue, est souvent transpercée par un éclat de rire. On est surtout fréquemment happé par l’émotion, une émotion positive parce que cette pièce touche profondément à l’humain… Et puis la fin est magistrale, étourdissante. C’est là qu’il nous donne le coup de grâce alors qu’on pensait avoir tout compris. Soudain, le jeu prend le pas sur la réalité, la fiction se substitue à la vérité. C’est la magie du théâtre, le bon plaisir d’un auteur qui se complaît à jouer les illusionnistes, d’un authentique porteur d’histoire…


Enfin, Alexis Michalik est secondé dans son exigence théâtrale par un quintette de comédiens absolument fascinants. Ils sont tous épatants. L’auteur leur a distribué à chacun(e) son moment de bravoure. On est complètement transporté à chaque fois. Le monologue de Kevin (Fayçal Safi), par exemple, m’a littéralement pris aux tripes. Il y a des scènes d’une rare intensité (la rencontre entre Kevin et son petit frère). Chaque prestation confine à la performance d’acteur. L’abattage de Jeanne Arènes qui incarne plusieurs personnages féminins est impressionnant. Ils sont vraiment parfaits tous les cinq. Les rôles, tous évolutifs, sont totalement incarnés. On ne ressent que de la tendresse pour eux. Quelles belles personnes ! Et quels acteurs !!!


Gilbert « Critikator » Jouin

mercredi 8 novembre 2017

Christophe Hondelatte "Le cannibale de Rotenburg"

Editions JC Lattès
360 pages
18,50 €



Depuis l’an 2000 et la présentation sur France 2 de l’émission Faites entrer l’accusé, Christophe Hondelatte fait partie des quelques experts en faits divers qui font autorité dans les médias. Soignant autant le fond que la forme, il a créé un ton, un style.
Le cannibale de Rotenbourg est le septième ouvrage qu’il sort dans ce domaine. Le mot « cannibale » a été mis en avant pour le titre soit plus… mordant, plus incisif, mais en fait, tout est dans le sous-titre : « et autres faits divers glaçants ». C’est cet adjectif qui résume le mieux le climat du livre. Les 24 histoires retenues font en effet effroi dans le dos. C’est une sorte de compilation de ce que l’esprit humain peut engendrer et accomplir de pire.



Dans tous les domaines, l’éventail est très large. Les plus anciennes affaires remontent à 1869 (Le massacre de Pantin) et 1881 (L’abbé empoisonneur), alors que les plus récentes datent de 2012 (Le dépeceur de Montréal, Le coup de folie de la nourrice chinoise) et 2013 (La chute d’Oscar Pistorius). La plupart des cas traités se sont déroulés en France, mais il y en a cinq qui ont eu lieu au-delà de nos frontières, en Autriche, aux Etats-Unis, en Afrique du Sud et au Canada et qui, évidemment, ont connu un retentissement international.


Ce véritable catalogue du crime est édifiant par sa diversité. On y est confronté eu mal absolu sous toutes ses formes. On y croise des pervers, des détraqués, des manipulateurs, des sadiques, des psychopathes, des escrocs. On y découvre les pires abjections et turpitudes, la cruauté, la sauvagerie, la cupidité, la rancœur, la passion amoureuse et aussi, bien sûr, la folie pure.
Certains chapitres, carrément gore, sont très éprouvants à lire (Le cannibale de Rotenburg, Le dépeceur de Montréal, Le Japonais cannibale…). Christophe Hondelatte a pris soin d’éviter l’écueil du voyeurisme, de la complaisance. Il ne nous épargne certes rien, mais il n’en rajoute pas. Il ne s’attarde pas sur les détails les plus sordides, il ne va qu’à l’essentiel. Tout est circonstancié, daté, expliqué.

Pour effectuer ce voyage au pays de l’horreur (« l’horreur est humaine »), il faut avoir le cœur bien accroché.

En concluant cet article, je viens de m’apercevoir que « glaçant » pouvait se décomposer (sans jeu de mot) en « glas » et « sang »… Il eût été criminel de ne pas le signaler.

jeudi 2 novembre 2017

Laurent Gerra "Carnets d'un sale gosse"

Editions du Cherche Midi
Collection « Beaux Livres »
128 pages / 430 photos
19,90 €

Ce 29 décembre, Laurent Gerra aura 50 ans. Un demi-siècle, ça se fête. Et ; lorsqu’on est un homme public, ça se célèbre. Alors, pour marquer l’événement et le partager avec ses nombreux admirateurs, Laurent a eu la judicieuse idée de rendre publics ses Carnets d’un sale gosse, un superbe ouvrage (et je pèse mes mots) dans lequel il se raconte et se dévoile avec une totale sincérité.


Ce livre est un pur délice tant il est complet. D’abord, il est illustré par plus de 430 photos. Et on sait combien les images sont importantes et révélatrices. Elles sont autant de petites bornes qui ont jalonné son existence, depuis sa plus tendre enfance (il nous ouvre son album de famille) jusqu’à aujourd’hui où il va présenter son tout nouveau spectacle, Sans modération. Ensuite, riche en anecdotes, cet ouvrage, cette « somme » devrait-on mêmedire, contient tout ce qu’on a envie de voir et de savoir sur lui. Il va même au-delà de nos espérances car il nous permet d’entrer dans son intimité : fac-similés de documents personnels, coupures de presse, nombreux témoignages (de ses parents ; de Franck Perrot, son ami d’enfance devenu son ingénieur du son : de David Mignot, autre ami d’enfance devenu son fidèle accompagnateur ; de Michel Drucker ; de Jean-Jacques Pironi, son co-auteur, de Christelle Bardet, sa compagne ; et bien d’autres…). On y trouve également une kyrielle de photos le montrant en compagnie de célébrités françaises et internationales, des sketches, les étapes importantes de sa vie professionnelle (la scène, la radio, la télévision, l’édition, le cinéma), sa sanctuarisation au Musée Grévin… Bref, difficile d’être plus exhaustif. Lorsqu’on referme ce livre, on sait tout de lui. Et pourtant, pour bien le connaître, c’est un garçon extrêmement pudique.


Laurent Gerra, je l’ai rencontré en 1991, alors qu’il venait à peine de débarquer à Paris. Le hasard nous avait dîner à la même table après un concert à l’Olympia de Gilbert Bécaud, à l’Intercontinental rue Scribe. En discutant, je me suis même aperçu que je l’avais déjà vu sur scène dans la station de sports d’hiver de La Clusaz. Suite à cette soirée, alors qu’il était un total inconnu, j’avais réussi à ce qu’il vienne présenter son spectacle en Tunisie à l’occasion d’une fête organisée par le magazine télé pour lequel je travaillais, fête à laquelle était convié tout le gratin de l’audiovisuel de l’époque… Je le connais donc bien et j’ai toujours suivi sa carrière de près.


Laurent Gerra est un « sale gosse » qui a paradoxalement consacré sa vie au propre. Au propre de l’homme : le rire. Les fées (en décembre, ce sont des fées d’hiver) qui se sont penchées sur son berceau avaient peut-être un petit coup dans le nez après un dîner bien arrosé chez Marc Veyrat, toujours est-il qu’elles étaient un tantinet portées sur la gaudriole. En effet, dès son plus jeune âge, le garçonnet, nourri de calembours en Bresse, a commencé à se livrer à ses toutes premières imitations : Polnareff, Distel, Carlos, Dutronc, Sardou… Comment dès lors ne pas croire à la prédestination ? Dans son cas, ne pas faire usage d’un tel don eût été criminel et aurait témoigné d’un manque de reconnaissance vis-à-vis des espiègles bonnes fées. Il avait donc le talent dans les gènes, certes, mais pour paraphraser Brassens, « Le talent sans travail n’est qu’une sale manie ». Laurent a bossé, beaucoup bossé. C’est un stakhanoviste de la voix. On ne parvient pas à un tel succès, à une telle reconnaissance générale, et à s’y maintenir surtout, sans remettre sans cesse son métier sur l’ouvrage, et se lancer en permanence de nouveaux défis.

Aujourd’hui, le petit Laurent de Mézériat a 50 ans. Ça fait 45 ans qu’il imite des vedettes et ça en fait 30 ans qu’il fait de la scène. Il est à son tour devenu une méga vedette, un saltimbankable, le numéro Ain dans sa discipline… Si vous voulez vraiment tout savoir de son formidable parcours, précipitez-vous sur ses Carnets d’un sale gosse. Vous allez vous en payer une sacrée tranche… de vie !


Note bene : Juste pour sourire un peu, j’ai relevé une savoureuse coquille page 115, dans une confidence que nous livre Christelle Bardet qui, pour moi, a des allures de lapsus révélateur. Il est écrit en effet que « La bonne « chair », c’est quelque chose d’important pour Laurent ». Bonne « chère » eût été plus adéquat. A moins qu’on y voie là un aveu bien plus intime…

mardi 31 octobre 2017

Mandibules

Théâtre du Marais
37, rue Volta
75003 Paris
Tel : 01 71 73 97 83
Métro : Arts et Métiers

Tous les lundis à 19 heures. Jusqu’au 18 décembre

Seule en scène écrit et mis en scène par Adrien Costello
Costumes d’Anne Valentine
Collaboration artistique : Isabelle Layer

Interprété par Alice Costello (Lucana)

Présentation : Alors qu’un grand cataclysme a détruit la planète, il semble que le dernier survivant soit… « une » scarabée.
Dans son abri, l’insecte se sent terriblement seule et lutte pour sa survie. Pour tromper la folie qui la guette, elle fait revivre des personnages qu’elle a connus avant la fin du monde. On parle du climat, de politique, de racisme, de drogue, du show business… et surtout on rêve, on rit, on est ému aussi.

Mon avis : Jamais je n’avais osé imaginer passer une heure et quart en tête-à-tête avec un insecte. Mais Lucana n’est pas une bestiole comme les autres. D’abord, elle semble être le dernier être vivant de notre planète anéantie par un cataclysme et, ensuite et surtout, elle est douée de la parole. Et pour être douée, elle est douée !
J’ai rencontré hier soir une véritable scarabête de scène !
Alice Costello est un phénomène (tiens, il n’y a pas de féminin à « phénomène » ?...) J’ai rarement vu quelqu’un posséder autant de qualités, une telle variété, une telle puissance et une telle subtilité de jeu. Quelle présence ! Elle est fascinante. Ses silences sont aussi éloquents que ses mots. Dans son regard incroyablement expressif, on peut saisir le moindre des sentiments qui l’habite. Son visage est un livre ouvert. Candeur, étonnement, révolte, mélancolie, enthousiasme… elle sait tout faire passer, tout traduire. Alice est un couteau suisse dans lequel il ne manque aucun élément, y compris celui qui pourrait sembler le plus futile. Sa créature, la Lucana, est tout autant folle que sage, truculente que délicate, trash que poétique.
Le pire est que je ne suis absolument pas excessif dans mes louanges. Alice Costello est dotée d’un potentiel énorme, son éventail de jeu est exceptionnel. Elle est véritablement touchée par la grâce.


Vous l’aurez, je pense, compris : ça vaut la peine d’aller voir Mandibules au Théâtre du Marais rien que pour assister à une remarquable performance de comédienne. Car, en plus de sa finesse de jeu, Alice Costello fait ce qu’elle veut avec son corps et avec sa (ses) voix. Aussi douée pour le hip-hop que pour la danse classique, elle possède toute une gamme d’accents et de timbres (son imitation de Fanny Ardant est bluffante, son aisance dans le langage des jeunes des cités est réjouissante…). J’ai apprécié aussi la dose de burlesque et la pincée d’humour noir dont elle a saupoudré certaines scènes.


Maintenant, il reste le texte. Dans ce domaine, mon foutu esprit par trop cartésien n’a cessé de me faire des croche-pieds pour que je ne puisse pas le prendre intégralement… mon pied. Voici, en gros, ce qu’il m’a insidieusement soufflé : Mandibules est un vaste fourre-tout, un patchwork un tantinet décousu. Son auteur, Adrien Costello, a voulu, par excès de gourmandise, trop mettre de choses dans ce spectacle. Résultat, on a l’impression d’assister à une succession de tableaux sans aucun lien entre eux. On comprend, bien sûr, tous les thèmes qu’il a voulu aborder. Mais cela donne un spectacle disparate, divisé en une demi-douzaine de saynètes. Sa cuisine est presque trop riche car il y a mis trop d’ingrédients qui ne se marient pas forcément les uns aux autres : la cérémonie des Césars, le stand-up façon 9-3, le slam social, les grèves, les revendications syndicales, la satire politique, le racisme, les quartiers sensibles, « Je suis Charlie », la drogue… Il a voulu dresser une sorte d’état des lieux de notre pays à un moment « T » ; depuis cet instant où le monde a été détruit un funeste mois de septembre 2016. C’était donc hier. Il a donc essayé de tout traiter, du léger au grave, avec la même intensité, avec le même esprit d’urgence.

Cette pièce contient des moments de grâce, des moments forts, des moments d’une drôlerie absolue, qui tous sublimés par l’interprétation et l’implication de la comédienne. Ce qui nous permet de ne jamais lâcher prise. Il y a dans Mandibules plusieurs spectacles en un. On ne va quand même pas bouder notre plaisir pour un excès de richesse !
Bref, je n’ai nulle envie de pulvériser de l’insecticide sur cette formidable et attachante Lucana, mais plutôt de vaporiser sur elle le parfum du succès que sa formidable présence scénique mérite.

Gilbert « Critikator » Jouin


vendredi 27 octobre 2017

Welcome to Woodstock "Road trip musical et psychédélique"

Comédia
4, boulevard de Strasbourg
75010 Paris
Tel : 01 42 38 22 22
Métro : Strasbourg Saint-Denis

Un spectacle de Jean-Marc Ghanassia
Mis en scène par Laurent Serrano
Direction musicale : Philippe Gouadin
Scénographie et décors de Jean Haas
Lumières de Jean-Luc Chanonat
Création vidéo d’Olivier Roset
Costumes de Cidalia da Silva
Chorégraphies de Cécile Bon

Avec Morgane Cabot (Florence), Xavier V. Combs (Jimmy), Magali Goblet (Corinne), Jules Grison (Francis), Pierre Huntzinger (Tom), Margaux Maillet (Martine), Geoffroy Peverelli (Paul), Cléo Bigontina (Basse), Benoît Chanez (Guitare), Yann Destal (Chanteur lead, guitare, harmonica), Hubert Motteau (Batterie)

Présentation : Inspiré d’une expérience vécue, ce spectacle musical est conçu comme une odyssée. Au lendemain de mai 68, des rêves de révolution encore plein la tête, une bande de copains décide de partir pour le concert « événement » de Woodstock. Sur la route américaine, portés par les chansons des Canned Heat, des Who, des Doors, de Janis Joplin, de Jimi Hendrix, ils découvrent ébahis l’univers sexe, rock et psychédélique des années hippies...

Mon avis : Un pur bonheur ! Et je ne m’emballe pas. Je traduis simplement mon ressenti objectif face à ce spectacle festif et particulièrement haut en couleurs. J’ai guetté en vain la moindre fausse note histoire de jouer au critique un peu pinailleur. Rien pour tremper ma plume dans un dé de vinaigre. Il ne reste donc qu’à dérouler un tapis de fleurs et à me répandre en louanges sincères sur ce spectacle ô combien musical.

La Musique, avec un grand « M » est en effet le personnage principal de Welcome to Woodstock. La bande-son de ce show est le fidèle témoignage d’une époque des plus prolifiques en la matière. Les années 65/70 ont été d’une richesse et d’une variété époustouflantes. Cinquante ans plus tard, elles n’ont rien perdu de leur créativité, de leur puissance, de leur éclat. Pour moi, ces années-là sont plus marquées du sceau du « Music Power » que de celui du Flower Power. Les fleurs ont fané, la musique est toujours aussi vivante et exaltante.
25 chansons. Que du lourd ! Que du gravé à jamais dans le disque dur de notre mémoire musicale. OK… En 1968, j’avais 25 ans. J’ai baigné dans ce climat de révolte, d’insouciance, de recherche d’un idéal et de désir de liberté. Je suis donc un tantinet partisan. Mais au vu du comportement dans la salle de jeunes spectateurs, j’ai pu constater l’effet produit sur eux par ces titres intemporels et par leur irrésistible force mélodique.


Ce qui est intelligent dans ce spectacle que l’auteur qualifie à juste titre de « road trip musical et psychédélique » c’est qu’il a su faire coller chacun des énormes tubes à son histoire. Tout est cohérent. Les chansons, judicieusement amenées, accompagnent et illustrent l’action.
Parlons-en de l’histoire. Légèrement fictionnée, c’est celle vécue par Jean-Marc Ghanassia, l’auteur. Il a réussi, en deux heures de temps, à nous livrer un digest, un condensé de ce qu’a été cette parenthèse effervescente. A travers des projections, des affiches, des slogans, des dialogues, des situations, des effets spéciaux, il balaie tous les grands thèmes fondateurs de cette époque : l’esprit révolutionnaire, la beat génération, la non-violence, la guerre au Vietnam, la liberté sexuelle, le Black Power, la recherche de la spiritualité orientale, les paradis artificiels, la déstructuration de la société… Tout y est, il va à l’essentiel sans jamais tomber dans le cliché.


La mise en scène, la scénographie, les décors et les effets sont également épatants. Il y a quelques tableaux qui sont d’un esthétisme enchanteur. La clairière est magnifique. Les créations vidéo nous embarquent complètement dans ce que vivent les protagonistes de l’histoire. Comme sous l’emprise des joints de marijuana qu’ils font tourner et des pilules de LSD qu’ils avalent avidement, on part littéralement en « voyage » avec eux. On partage leurs hallucinations. On voit des poissons voler dans les arbres, les cimes des arbres se mettre à danser… C’est remarquablement réalisé. Sur le plan strictement visuel, ce spectacle est d’une grande qualité. Je ne veux citer – entre autres superbes images – la formidable beauté et l’extrême sensualité de la scène d’amour entre Angelina et Paul, coloriée façon Crazy Horse. Un ravissement ; un grand moment de poésie pure.


Et puis, il y a les comédiens-chanteurs… Quelles voix ! Ils sont tous excellents ; aussi bien dans le jeu que dans la performance vocale. Autre atout de ce spectacle : les interprétations de ces standards immortels sont très personnelles. Aucun d’eux ne joue à l’imitateur ou au clone. Grâce également à des arrangements originaux, exécutés par des musiciens hyper-talentueux et investis, on redécouvre ces pépites musicales et on les savoure avec intérêt, gourmandise et respect. Nous ne sommes pas devant un juke-box mais dans la vraie vie, dans un « Live » absolu.

Quelques mots pour résumer ce spectacle : esthétisme, humour, authenticité, générosité, énergie… Même si on n’est jamais dans la nostalgie, au contraire, on ne peut s’empêcher de penser que c’était vraiment sympa de vivre cette époque-là.

Gilbert « Critikator » Jouin